Anthropic est passée devant OpenAI, Google cale sur son modèle phare
En douze mois, l'ordre de la course à l'IA s'est inversé. Et pas au profit de qui vous croyez.
On vous a raconté la même histoire pendant deux ans, OpenAI en tête, Google prête à tout écraser, les autres derrière. Cette semaine, l’ordre a changé sans prévenir. La plus prudente des maisons est passée devant, et le géant que tout le monde craignait n’arrive plus à sortir son modèle.
Le classement qu’on croyait gravé vient de bouger. La maison qu’on disait trop prudente pour gagner mène désormais à l’argent. Celle qu’on disait imbattable regarde ses rivales livrer.
Au sommaire. Anthropic passe devant OpenAI et Google cale sur Gemini ; la Chine offre le plus gros modèle ouvert ; la Maison-Blanche écrit les règles avec les labos ; ce que la recherche dit des agents ; et 6 liens en rafale.
📻 Radar Express
La Chine vient d’offrir le plus gros modèle ouvert du monde. Moonshot a lancé Kimi K3, 2 800 milliards de paramètres, en tête du classement de code frontend devant Fable 5, poids ouverts promis le 27 juillet. L’Occident fait payer l’accès à ses meilleurs modèles ; Pékin les distribue. (benchmarks déclarés par l’éditeur, non reproduits)
La Maison-Blanche écrit les règles de l’IA avec ceux qu’elle doit encadrer. Un accord volontaire avec OpenAI, Google et Anthropic, attendu avant le 1ᵉʳ août, prévoit une fenêtre d’inspection de 30 jours avant chaque sortie de modèle. Les gardiens rédigent le règlement de leur propre porte. (rapporté)
Le vrai jackpot de l’IA, c’est la mémoire. SK Hynix, qui fournit les puces mémoire de Nvidia, a levé 26,5 milliards de dollars à Wall Street, plus grosse introduction étrangère de l’histoire américaine, et réinvestit aussitôt 8,6 milliards dans des machines d’ASML. L’argent va moins aux modèles qu’à ceux qui fabriquent leurs fondations.
⚡ En rafale
SpaceXAI lance Grok 4.5, « classe Opus » entraîné sur les données de Cursor
Apple verrouille ses puces sur-mesure chez Broadcom jusqu’en 2031, 30 milliards de dollars
Le « trade IA » décroche à Wall Street, Nvidia cède sa couronne à Apple
OpenAI met GPT-5.6 « Sol » en ligne après une revue du gouvernement
Anthropic dépose en secret son dossier d’IPO, valorisation visée près de 1 000 milliards de dollars
🔬 Le labo
Les agents d’IA doublent leur endurance tous les sept mois, et s’effondrent dès que la tâche s’allonge. METR mesure un horizon qui passe de quelques secondes en 2019 à plus de seize heures en 2026, mais réussit moins d’une tâche sur dix quand elle dépasse quatre heures. (rapport de recherche, METR)
95 % des projets d’IA générative en entreprise ne rapportent rien de mesurable. Le laboratoire NANDA du MIT a examiné plus de 300 déploiements, zéro effet sur le compte de résultat pour la quasi-totalité. (rapport, MIT NANDA)
Le retour sur investissement dépend d’abord de l’organisation, pas du modèle acheté. Un rapport d’Andus Labs de juillet pointe des flux de travail et des habitudes de décision restés d’avant l’IA. (rapport industriel, juillet 2026)
🔍 Le Dossier de la semaine
La maison la plus prudente est passée en tête
Il y a un an, Anthropic pesait environ un milliard de dollars de revenus annualisés. En mai, elle en affichait quarante-sept. Sur la même période, OpenAI en déclarait entre vingt-cinq et trente-trois. Pour la première fois, la maison qu’on présentait comme la plus prudente de l’IA gagne plus vite que celle qui a lancé ChatGPT. (revenus annualisés, rapportés)
Un revenu annualisé, c’est le rythme du dernier mois projeté sur douze, pas un bénéfice, et les deux maisons brûlent encore des milliards. Le sens de la marche, lui, ne trompe pas.
1 milliard il y a un an, 47 milliards en mai. Anthropic a multiplié son rythme par plus de quarante en douze mois.
D’où vient l’écart ? De qui paie. Anthropic tire environ 80 % de ses revenus des entreprises et des développeurs, quand OpenAI en tire autant du grand public, les abonnements à ChatGPT. Le moteur de la bascule porte un nom, Claude Code, l’assistant qui écrit et corrige du code à la place des ingénieurs. Lancé il y a moins d’un an, il dépasse déjà deux milliards et demi de dollars de rythme annuel. Le gros de l’argent se joue moins dans le chatbot qui vous répond que dans le logiciel qui s’écrit tout seul.
Reste le troisième acteur, celui qu’on croyait au-dessus de tous. Google. Elle a la puissance de calcul, ses propres puces, les données du web entier et des chercheurs d’élite. Et pourtant, elle n’arrive pas à sortir son modèle phare. Gemini 3.5 Pro, annoncé en mai, promis pour juin, puis pour le 17 juillet. Le 17 est passé sans rien. Le 21, Google a bien publié trois modèles, mais des versions « Flash », légères, jamais le grand. Selon Bloomberg, le modèle a échoué à ses propres tests internes et les équipes ont tout repris de zéro. (rapporté par Bloomberg)
Regardez qui gagne et qui perd du pouvoir. Anthropic transforme la méfiance qu’on lui prêtait en position dominante chez ceux qui construisent les outils. Google découvre que la taille ne garantit pas la vitesse. Et OpenAI reste la plus connue du public, sans être la plus riche.
Pour vous, ça change une chose concrète. Le logiciel de votre banque, de votre assurance, de votre administration s’écrit de plus en plus avec ces assistants. Savoir lequel des trois tient la corde vous concerne directement, c’est savoir quelle entreprise américaine se glissera, demain, derrière les outils que vous utilisez sans même la voir.
Et si le vrai gagnant de la course n’était aucun des trois, mais celui qui, à Pékin, donne gratuitement ce que les autres se battent à vendre ?
🗳️ À vous de trancher
Le résultat du dernier vote. On vous demandait s’il fallait autoriser les IA faites pour créer un lien affectif. La réponse est sévère. 54 % d’entre vous ont coché « sur ce coup, la Chine a raison », celle qui vient justement de les interdire. Ajoutez les 30 % qui les jugent trop dangereuses et les 10 % qui les réserveraient aux adultes, et plus de neuf lecteurs sur dix réclament un garde-fou. Seuls 5 % y voient un choix strictement privé. Sur 215 votes, vous donnez raison à Pékin plus qu’à la Silicon Valley.
La question de la semaine. Un clic suffit, et on publie les résultats dans le prochain numéro.
🎬 La Vidéo de la semaine
Cette semaine, on a regardé qui gagne la course aux modèles. Le vrai pouvoir, lui, se joue parfois là où personne ne regarde. La planète tech jugeait le nouveau Siri ; Apple, elle, s’est glissée entre chaque enfant et son téléphone, sans que personne ne l’ait votée.
C’était FutureRadar. À mardi prochain, même fréquence. 📡









